Le dernier des Mohicans

Mateus Filipe Miragaia est le dernier fabricant portugais de ciseaux pour la tonte des brebis. Photo Miguel Pereira da Silva/Lusa.
Sans espoir de relève, le forgeron de Donfins do Jarmelo dit vouloir exercer jusqu'à 90 ans. Photo Miguel Pereira da Silva/Lusa.
La fabrication d'une paire de ciseaux demande environ une heure de travail. Photo Miguel Pereira da Silva/Lusa.
Les ciseaux de Mateus Filipe Miragaia sont recherchés par les propriétaires de petits troupeaux mais aussi par les touristes. Photo Miguel Pereira da Silva/Lusa.
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A 74 ans, Mateus Filipe Miragaia, un habitant de Donfins do Jarmelo (Guarda), est le dernier artisan du pays qui fabrique encore des ciseaux pour la tonte des brebis, recherchés par les propriétaires de petits troupeaux mais aussi par les touristes.

« Il m’arrive de me dire que ceci finira avec moi, parce qu’aujourd’hui on veut moins de travail et davantage de revenu et ceci donne beaucoup de travail et peu de revenu. Et maintenant on en utilise moins, la majorité des tontes se fait à la machine », déclare le forgeron à l’agence Lusa.

Mateus Filipe Miragaia se souvient d’autres temps où il lui arrivait de travailler 15 heures par jour et fabriquait chaque année près de 1 500 ciseaux. « Maintenant, je ne travaille plus que pour me réchauffer », ajoute-t-il.

« Cette année, je ne sais pas. Peut-être une centaine. Ce sera le maximum qu’on pourra faire, parce qu’aujourd’hui les ciseaux ce n’est plus pour tondre les grands troupeaux, mais pour les personnes qui ont une demi-douzaine de brebis et qui font la tonte eux-mêmes au lieu de la confier à des bergers professionnels », explique-t-il.

Les ciseaux que fabrique le forgeron sont également vendus comme souvenirs touristiques dans certains magasins de Guarda, avec des sécateurs miniatures et des couteaux.

Le dernier artisan du pays qui fabrique encore ces ciseaux a commencé son activité il y a 59 ans. Il regrette qu'il n'y ait pas de relève, mais a l’intention de continuer à frapper le fer tant qu’il en aura la force.

« Je souhaite arriver à 75 ans de travail, j’en aurais alors 90. Et je pense qu’à 90 ans je pourrai encore donner le coup de marteau sur le fer », affirme Mateus Miragaia, qui a reçu la médaille du mérite de la municipalité de Guarda, l’an dernier.

Fils de paysan, il a débuté dans la profession en 1957 avec l’un de ses beaux-frères. A cette époque, dans le village de Donfins do Jarmelo, situé à une vingtaine de kilomètres de Guarda, il y avait sept ou huit forges : « Les forgerons se levaient à quatre heures et travaillaient jusqu’à 20 heures ».

Mateus Filipe Miragaia est, depuis plusieurs années, l’unique de la région qui transforme des morceaux d’acier en ciseaux pour la tonte. La fabrication dure environ une heure et le processus commence par la coupe de bandes d’acier laminé d’une vingtaine de centimètres. Ensuite, il soude à l’une des extrémités un morceau de métal moins épais avec lequel il fera les anneaux.
Le forgeron, qui utilise un petit marteau pour donner forme au métal incandescent, explique que le secret de son art réside « dans les coups » qu’il porte sur l’acier.

Avant de finir l’outil, il passe les deux parties des ciseaux par les quatre émeris de son atelier. « Je commence par celui-ci qui est plus gros et je finis par le polisseur ».

La dernière phase est la mise en place de l’axe qui relie les deux parties des ciseaux, mais avant de considérer l’œuvre comme terminée, il la porte à l’oreille pour écouter le son et puis il l’essaie en coupant un morceau de laine de mouton.

La production de chacun des ciseaux, que l’artisan vend pour près de 13 euros, est considérée comme terminée avec la gravure de son logo en forme d’agave.