Le parcours de Mário Soares

En 1975, Mário Soares remporte les élections pour l'Assemblée Constituante avec le PS. Photo Hans Peters/Anefo.
C'est en qualité de ministre des Affaires étrangères que Soares négociera la décolonisation. Ci-dessus avec Nino Vieira et Spinola. Photo Guilherme Venâncio/Lusa.
Après avoir été nommé Premier ministre à deux reprises, en 1986, Mário Soares est élu une première fois président de la République. Photo Guilherme Venâncio/Lusa.
Même après avoir quitté la vie politique, Mário Soares n'a jamais cessé de s'exprimer sur le pays et l'Europe. Photo Tiago Petinga/Lusa.
Le 7 juillet 2015, celle avec qui il a partagé sa vie, Maria Barroso, meurt. Il ne s'en remettra jamais. Photo António Cotrim/Lusa.
L'une des dernières apparitions officielles, le 23 juillet 2016, au cours d'un hommage au palais présidentiel, avec Marcelo Rebelo de Sousa et António Costa. Photo António Cotrim/Lusa.
Chronologie des événements les plus importants de la vie de Mário Soares, décédé le samedi 7 janvier 2017.

1924
Mário Alberto Nobre Lopes Soares né à Lisbonne, le 7 décembre, fils d’Elisa Nobre Baptista et de João Lopes Soares, propriétaire du Colégio Moderno et qui a été ministre des Colonies durant la Première République.

1943
A 19 ans, en pleine dictature de Salazar, il adhère dans la clandestinité au Parti Communiste Portugais (PCP). Il participe aux activités du Mouvement d’Unité Nationale Antifasciste (MUNAF), qui vient de se créer.

1944
Il accède à la direction académique des Jeunesses Communistes de Lisbonne.

1945
En signe d’apparente ouverture du régime, à la suite de la défaite du nazisme et du fascisme à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, Salazar tolère initialement la constitution du Mouvement d’Unité Démocratique (MUD), héritier du MUNAF. Le jeune Mário présidera le MUD Juvenil.

1946
Il est emprisonné pour la première fois par la police politique de l’Estado Novo, la Police Internationale et de Défense de l’Etat (PIDE).

1949
Il est nommé secrétaire de la Commission Centrale de la candidature du général Norton de Matos à la Présidence de la République.
Le 22 février, en prison, il épouse par procuration l’actrice Maria de Jesus Simões Barroso, avec qui il aura deux enfants, Isabel et João.

1950
Il est radié formellement du PCP, dont il s’était éloigné depuis un certain temps.

1951
Il est diplômé en Sciences Historico-Philosophiques de l’Université de Lisbonne.

1953
Il adhère à la Résistance Républicaine et Socialiste, qui proposait une alternative de gauche non communiste.

1957
Il finit ses études de Droit à l’Université de Lisbonne et commence sa carrière d’avocat.

1958
Il intègre la Commission Centrale de Soutien de la candidature du général Humberto Delgado à la Présidence da République.

1961
Il souscrit le Programme pour la Démocratisation de la République et est à nouveau emprisonné.

1964
Avec Francisco Ramos e Costa et Manuel Tito de Morais, il fonde l’Action Socialiste Portugaise (ASP), qui sera à l’origine du Parti Socialiste (PS), en 1973.

1968
Sans jugement, il est déporté sur l’île de São Tomé, où il restera huit mois.

1969
Avec Marcelo Caetano à la tête du gouvernement, il s’engage dans la constitution de la Commission Electorale de Unité Démocratique (CEUD) et est tête de liste à Lisbonne.

1970
Il s’exile en France, où il enseignera dans les universités de Vincennes et de Rennes, jusqu’en 1974.

1972
A Paris, il adhère à la Maçonnerie, et demande le soutien de la Grande Loge de France pour instaurer un régime démocratique au Portugal.

1973
Il participe activement à la fondation du PS, à Bad Münstereifel (République Fédérale Allemande), dont il sera élu secrétaire général. Il restera à la tête du parti pendant 13 années.

1974
Le 28 avril, après la chute du fascisme, il rentre en train au Portugal. Deux jours plus tard, il sera présent à l’aéroport de Lisbonne pour le retour du leader communiste Álvaro Cunhal, exilé à Prague.
Comme ministre des Affaires Etrangères, dans les deux gouvernements provisoires, il participe au processus d’indépendance des colonies portugaises.

1975
Les socialistes remportent les premières élections libres pour l’Assemblée Constituante.
Le leader du PS et à présent ministre sans portefeuille entre en divergence totale avec le PCP et le Premier ministre Vasco Gonçalves sur l’évolution du régime démocratique au Portugal, et quitte le IVe Gouvernement Provisoire.
Mário Soares se démarque du Processus Révolutionnaire en Cours (PREC), qui, avec son soutien, sera battu le 25 novembre par le mouvement militaire dirigé par le lieutenant-colonel António Ramalho Eanes.

1976
Le PS soutien l’élection de Ramalho Eanes à la Présidence de la République et remporte également les premières élections législatives. Mário Soares est appelé à former le Premier Gouvernement Constitutionnel.
Premier ministre des deux premiers gouvernements constitutionnels (1976 à 1978), le premier avec une majorité relative et le second en coalition avec le CDS de Freitas do Amaral (droite).

1977
Il lance le processus d’adhésion du Portugal à la Communauté Economique Européenne  (CEE).

1980
Ramalho Eanes est réélu président de la République, mais Soares se démarque du soutien formel du PS à la candidature du général et renonce au poste de secrétaire général.

1981
Avec une motion intitulée Novo Rumo para o PS [une nouvelle orientation pour le PS], Mário Soares bat en congrès le groupe qui avait soutenu Ramalho Eanes pour un second mandat, qui comptait des personnalités comme Salgado Zenha, António Guterres, Jorge Sampaio et Vítor Constâncio.

1982
Dans l’opposition jusqu’en 1983, il parvient à un accord avec l’Alliance Démocratique (PSD/CDS/PPM) et concrétise la première révision de la Constitution, qui consacre le caractère civil du régime.

1983
Premier ministre du IXe Gouvernement Constitutionnel (1983 à 1985), à la tête d’une coalition du PS et du PSD de Mota Pinto (droite), appelé le Bloco Central.

1985
Le 12 juillet, il conclut le processus d’adhésion du Portugal à la CEE.
Le PS souffre la plus grande défaite de son histoire aux législatives, avec à peine 21 % des votes, un échec auquel n’est pas étranger l’entrée en lice du Parti Rénovateur Démocratique (PRD), créé par le général Ramalho Eanes.

1986
Avec le soutien de toute la gauche, y compris du PCP, Mário Soares est élu président de la République au second tour du scrutin, aux dépens du candidat de la droite Freitas do Amaral, soutenu par le PSD et le CDS.

1991
Soutenu par le PS et le PSD, il est élu pour un second mandat dès le premier tour avec 70,35 % des votes.
Il crée la Fondation Mário Soares, une institution sans but lucratif, qu’il préside.

1996
A l’issue de son second mandat, il est substitué par un autre socialiste, Jorge Sampaio.

1999
De retour à la politique active, il est tête de liste des socialistes aux élections européennes, qu’il remporte avec 44 % des votes.

2004
Dans un dîner, à l’occasion de son 80e anniversaire, il annonce la fin de sa vie politique. « De política, sinceramente vos digo: basta! ».

2006
La bataille de trop : il participe à une troisième élection présidentielle, où est également présent son camarade socialiste Manuel Alegre. Cavaco Silva l’emporte dès le premier tour. Soares n’arrive qu’en troisième position, derrière Alegre, avec 14,31 %.

2007
Le gouvernement socialiste, dirigé par José Sócrates, nomme Mário Soares à la tête de la Commission de la Liberté Religieuse.

2008
Il critique la politique des privatisations du gouvernement de José Sócrates, estimant que le PS doit être davantage à gauche et considère Barack Obama comme une référence internationale.

2010
Il fait des critiques systématiques à l’Union Européenne et à la qualité des dirigeants politiques.

2011
Il n’appelle à voter pour aucun des candidats aux présidentielles, alors que le PS soutien Alegre. Cavaco Silva l’emporte à nouveau dès le premier tour.
Il lance le manifeste Novo Rumo, appellant à la mobilisation des citoyens pour la justice sociale et le renforcement démocratique, contre la crise.

2013
Alors que le Portugal est sous assistance financière internationale, il organise deux conférences contre l’austérité et en défense de la Constitution, auxquelles participent des forces politiques et des mouvements sociaux qui contestent le gouvernement PSD/CDS-PP dirigé par Pedro Passos Coelho.
Par l’intermédiaire du leader du PS de l’époque, António José Seguro, Mário Soares renoue des relations personnelles avec Manuel Alegre, après sept années d’éloignement.

2014
Aux élections pour le leadership du PS, il soutient la candidature d’António Costa, qui l’emporte contre António José Seguro.
José Sócrates est emprisonné le 21 novembre, suspecté de fraude fiscale, blanchiment de capitaux et corruption. « Ils sont en train de combattre un homme qui a été un Premier ministre exemplaire », déclare-t-il après avoir rendu visite à son ami en prison à Evora.

2015
Maria Barroso, avec qui il était marié depuis 66 ans, meurt le 7 juillet.

2016
Alors que son état de santé se dégrade, le fondateur du PS est l’objet de nombreux hommages institutionnels.
Le 28 septembre, il participe pour la dernière fois à une cérémonie publique, lorsque le chef de l’Etat, Marcelo Rebelo de Sousa, rend hommage à l’ancienne présidente de la Croix Rouge, Maria de Jesus Barroso.