Les Portugais dans la grande guerre

La marche des troupes vers les quais du port de Lisbonne pour l’embarquement en direction de Brest. Beaucoup n'en reviendront jamais. Photo Joshua Benoliel.
Les premiers soldats du contingent que le Portugal envoya combattre en France contre les Allemands lors de la Première Guerre mondiale sont arrivés dans les Flandres en février 1917, pour une participation peu brillante qui culminera avec le désastre de la Bataille de La Lys.

Pour ne pas avoir participé à la grande guerre précédente, celle de 1870, le Portugal n’avait pas été invité au nouveau découpage de l’Afrique, qui s’est fait à son détriment. C’est pourquoi, le gouvernement portugais, cette fois, avait tenu à sortir d’une neutralité que l’Angleterre lui avait conseillée et qu’avait choisie son voisin espagnol.

Bien que le Portugal ait combattu les Allemands en Afrique, pour défendre ses territoires – surtout l’Angola, mais aussi le Mozambique – les images qui ont eu le plus d’impact sur la société portugaise d’alors sont arrivées du théâtre des opérations de l’Europe : de la pluie, du froid et de la boue d’un petit tronçon des tranchées des Flandres françaises.

Pour ne laisser aucun doute quant à son engagement auprès des alliés, le Portugal a entraîné et mobilisé une division renforcée de 35 000 hommes, surtout de l’infanterie appuyée par de l’artillerie de campagne, appelée Corpo Expedicionário Português (CEP). Cette formation deviendra plus tard deux divisions de 55 000 hommes. Durant tout le conflit (de 1914 à 1918), le Portugal aura détaché plus de 105 000 hommes (55 000 en Europe et le reste en Afrique, surtout en Angola).

Le 2 février 1917 les premiers soldats portugais débarquaient à Brest avant d’être transportés par train vers la vallée de la Lys, pour couvrir un secteur entre Armentières et La Bassée, Merville et Béthune. Le front sous la responsabilité des Portugais a oscillé entre quatre et 11 km, suivant l’évolution des combats.

Conformément à la procédure typique de la guerre des tranchées, le front portugais était organisé en trois lignes de défense : une près du no man’s land, avec deux lignes de tranchées ; une intermédiaire et une troisième avec des fortifications de campagne de plus grande envergure et disposant de voies de communication avec l’arrière garde.

Les troupes portugaises y ont combattu de février 1917 à avril 1918, faisant face à une soixantaine d’assauts et 20 bombardements de l’artillerie allemande. Les Portugais ont également lancé plusieurs attaques pour tenter de rompre les lignes ennemies, sans succès.

Durant ces mois, les militaires portugais auront perdu plus de 600 des leurs (une centaine de morts, 350 blessés et 160 prisonniers).

Le soldat d’infanterie António Gonçalves Curado aura été le premier Portugais à mourir au combat dans les Flandres,  le 4 février 1917. Il a été enterré au cimetière anglais de Laventie.

Le 9 avril 1918 – alors que le Portugal était en ébullition avec un nouveau gouvernement, celui de Sidónio Pais, porté au pouvoir à la suite d’un coup d’Etat – les Allemands ont lancé une offensive sur La Lys qui a rompu les lignes, obligeant les forces alliées à reculer.

Avec le matériel abimé par l’hiver 1917, démoralisé et sans renforts de Lisbonne, le contingent portugais a été écrasé par les divisions allemandes : plus de 1 300 morts, 4 600 blessés, 1 900 portés disparus et 7 700 prisonniers.

Une défaite humiliante (malgré la forte résistance des Portugais et quelques histoires individuelles d’héroïsme) qui a marqué le début de la fin de la participation portugaise dans la Première Guerre mondiale. Les effectifs encore aptes du CEP ont été plus tard répartis en trois bataillons d’infanterie et intégrés dans l’armée anglaise où ils ont lutté jusqu’à l’armistice, en novembre 1918.