Non-assistance à personne en danger

Dans l'Algarve des terrains de golf et des resorts de luxe, un homme vit dans un trou à rats, sans eau ni électricité. Photo José Guerreiro/Luso.fr.
Dans une petite rue d’un quartier populaire de Loulé – dans l’Algarve touristique des golfs et des resorts luxueux –, Mário vit dans un taudis qui tombe en ruines, sans eau ni électricité.

Il fait partie des quelques 30 000 anciens combattants des ex-colonies portugaises souffrant de stress post-traumatique. Si beaucoup d’entre eux ont une vie sociale à peu près normale, Mário, lui, vit à l’écart et son cas relève de la psychiatrie.

«A toute heure du jour et de la nuit, raconte une voisine, il se met à hurler, tient des propos sans queue ni tête, insulte les gens. Il a même agressé une vieille dame».

Les occupants de l’immeuble d’en face – plus particulièrement impactés par les nuisances sonores de leur voisin indélicat – s’accommodent tant bien que mal à cette situation avec le fatalisme lusitanien qui les caractérise : «Que voulez-vous qu’on fasse, on appelle la police, ils vous disent qu’ils arrivent dès qu’ils ont un véhicule, et ils viennent une ou deux heures plus tard, lorsqu’il s’est calmé, voire pas du tout...»

«La municipalité organise sa Nuit Blanche chaque été, mais pour nous c’est toute l’année !», plaisante un client du petit bar de quartier.

Le propriétaire de l’immeuble, qui vit  en France une partie de l’année, a du mal à accepter une telle situation : «Ce type terrorise tout un quartier et les autorités ne font rien. Dans un pays civilisé, vous faites constater l’atteinte à l'ordre public et le contrevenant fait l’objet d’un internement compulsif, explique-t-il au bord du coup de sang.

«Je ne suis pas de la GNR, se met soudain à hurler Mário, je suis sergent, je suis sergent !».

Un autre habitant du quartier explique qu’il y a quelques années, «Le fou avait 16 chiens, et pas des petits, dans sa cour intérieure. Ils aboyaient jour et nuit, se mordaient les uns les autres compte tenu du peu d’espace dont ils disposaient, et je ne vous parle pas de l’odeur...»

Les chiens ont fini par lui être retirés après trois années de procès, où le plaignant a été baladé d’une institution à l’autre «dans un cheminement kafkaïen insupportable qui démontre clairement que nous ne sommes pas dans un Etat de Droit», déclare le propriétaire de l’immeuble d’en face, avant d’ajouter que «le problème ce n’est pas seulement notre confort, notre droit à la tranquillité, c’est aussi celui de cet homme à être soigné. Pour moi, nous avons affaire à un cas de non-assistance à personne en danger : chaque soir il rejoue des épisodes de son service militaire en Guinée-Bissau, qui le hantent depuis plus de 40 ans».

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