Tous les rêves du monde

Le film a été tourné dans le Nord du Portugal.
Laurence Ferreira Barbosa.
Dans son dernier film, Tous les rêves du Monde, la réalisatrice française Laurence Ferreira Barbosa évoque la rupture suave d’une lusodescendante avec la culture de ses parents et l’image d’un Portugal en tant que paradis perdu.

Le personnage principal, Paméla, est une jeune d’origine portugaise née en France, partagée entre l’amour inconditionnel qu’elle éprouve pour ses parents et son désir de vivre sa propre vie.

« C’est une sorte de rupture suave avec l’enfance, avec une certaine culture familiale et cette tradition des immigrés de retourner au village au mois d’août. Il y a une forme d’émancipation par rapport à sa famille, à sa culture, à sa mentalité », explique la réalisatrice à l’agence Lusa, évoquant les vacances de Paméla dans le Nord du Portugal : « Mais cette fois la magie n’a pas opéré et le Portugal a cessé d’être cette espèce de paradis perdu ».

« Pour elle, le Portugal a toujours été une sorte de liberté, de bien-être. C’était le pays des vacances pour cette génération et les vacances ne sont pas la réalité, c’est une vie un peu entre parenthèses et elle l’idéalise. Cette année-là, elle y va mais ne parvient pas à s’extraire de ses problèmes. Le Portugal ne parvient plus à opérer cette magie », ajoute la cinéaste.

Laurence Ferreira Barbosa, elle-même d’origine portugaise, a décidé de faire ce film en constatant que ce thème était peu représenté dans le cinéma de fiction français.

« La communauté portugaise de France n’est pas représentée, il n’y a pas beaucoup de films de fiction. Il y a un film que tout le monde connaît, La Cage Dorée, qui est la première fiction sur les immigrés portugais de France. Il y a les documentaires de José Vieira, mais je ne vois pas de films de fiction qui parlent de cette très grande communauté étrangère en France », déclare la réalisatrice.

Produit par Paulo Branco, comme tous ses autres longs-métrages, le film utilise des acteurs non professionnels, un choix totalement assumé qui est décrit comme l’essence du projet qui est parti de l’idée de faire un documentaire.

« A partir du moment où j’ai décidé de faire un film sur l’histoire d’une famille portugaise immigrée, je ne concevais pas l’idée de choisir des acteurs professionnels parce que ça sonnait faux. Je voulais qu’il y ait une vérité, une précision et les personnes devaient avoir une manière d’être, des accents, un homme forgé par la dureté du travail. Les interprétations sont imparfaites et fragiles, mais cela me plait et c’est ce que je voulais », explique Laurence Ferreira Barbosa pour qui ce ne fut pas facile de convaincre les Portugais de participer au film et le casting a été « long et difficile » parce qu’il s’agit de personnes « d’une grande discrétion, ayant peur de se tromper et en manque de confiance ».

En revanche, la réalisatrice s’est laissé convaincre rapidement par la jeune fille qui interprète Paméla et a fini par s’inspirer de sa propre histoire et sa personnalité.

« Le titre Tous les rêves du monde est tiré de la Tabacaria de Fernando Pessoa. C’est une phrase qui colle bien au personnage Paméla qui vit avec un sentiment d’échec vis-à-vis de ses rêves. Comme dans le poème de Pessoa, elle n’est rien, mais ne peut vouloir être rien. A part cela, elle porte en elle tous les rêves du monde ».

La bibliographie de Laurence Ferreira Barbosa comprend des films tels que Soit je meurs, soit je vais mieux (2008), J’ai horreur de l’amour (1996), Les gens normaux n'ont rien d'exceptionnel (1993)...

La réalisatrice a également participé au scénario du film Volta à terra, de João Pedro Plácido.