Rétrospective Paulo Rocha

Le cinéaste portugais Paulo Rocha, ci-dessus en 2006, décédé à Vila Nova de Gaia en 2012, à l'âge de 77 ans. Photo António Cotrim/archives Lusa.
Rui Gomes et Isabel Ruth dans Os Verdes Anos (1963).
Paulo Rocha à ses débuts.
La Cinémathèque française continue de porter beaucoup d’intérêt au cinéma lusophone et consacre une rétrospective à Paulo Rocha, décédé en 2012.

Paulo Soares da Rocha, né en 1935, à Porto, et mort en 2012, sur l’autre rive, à Vila Nova de Gaia, a d’abord étudié le Droit, avant de se consacrer au cinéma. En 1959, il part pour Paris où il s’inscrit à l’IDHEC et travaille comme assistant de Jean Renoir. De retour au Portugal, il participera au film de Manoel de Oliveira, Acto de Primavera (1963), également comme assistant. C'est aussi en 1963 que le cinéaste signera l'une des œuvres les plus importantes du cinéma portugais, Os Verdes Anos, et deviendra une véritable référence du Cinema Novo.

Paulo Rocha dirigera le Centre du cinéma portugais en 1973 et 1974, avant d’être nommé attaché culturel à Tokyo, où il restera de 1975 à 1983. Il y retournera dans les années 90 pour réaliser un documentaire sur le réalisateur de La Ballade de Narayama, Shōhei Imamura. Sa fascination pour le Japon s’exprimera également dans L'Île des amours (1982) et Les Montagnes de la Lune (1987).

Son intérêt pour le japon remonte à sa période parisienne, c’est dans la capitale française qu’il rencontre plusieurs cinéastes nippons et commence à apprendre la langue du pays du soleil levant.

« C'est à Lisbonne, à la faculté de droit, que j'ai baigné pour la première fois dans une ambiance cinéphile. Des amis partaient à Paris en stop, voyaient quatre ou cinq films et revenaient nous les raconter... C'était la grande époque de la cinéphilie. C'est à l'Idhec que j'ai découvert Mizoguchi et rencontré des cinéastes japonais de passage à Paris pour des rétrospectives. C'est aussi à Paris que j'ai commencé à apprendre le japonais. J'ai eu une chance énorme de rencontrer sur quelques années les films de Renoir, Mizoguchi, Oliveira, Lang, Dreyer, et ceux de la Nouvelle Vague. »

Paulo Rocha a porté un certain intérêt au documentaire, mais même dans ses fictions la réalité – observée et ingurgitée avec un appétit rabelaisien – n’est pas loin : « Sentant que la vie me manque, je suis un peu vampire et dévoreur de la vie des autres : j'écoute les conversations dans les rues, dans les lieux publics, je me demande un peu ce que cette fille à la fenêtre est en train de ressentir, si elle souffre ou si elle est heureuse... Mais d'un autre côté, je suis presque aussi friand vampire des arbres, des maisons, des rochers, des tempêtes... que du sang et du corps, des mémoires, des contradictions et des désirs des êtres humains. Le monde quotidien me questionne beaucoup. Je connais furieusement ce désir sensuel, de possession et d'interrogation des lieux et des objets du monde extérieur. De sorte que je n'arrive pas tellement à faire de distinction entre une attitude documentaire et une attitude disons affabulatrice ».

Si le spectacle de la rue constitue une source d’inspiration importante pour le cinéaste, il puise également dans sa mémoire familiale, revisitant les références les plus marquantes de sa vie, évoquant l’enfance et la jeunesse de son père, notamment son rêve d’émigrer au Brésil, où il finira par partir en 1909. Ce thème est omniprésent dans l’œuvre de Rocha et reflète assurément sa propre nécessité de partir.

« Toutes les histoires de mon enfance constituaient des débuts de fictions plus extraordinaires les unes que les autres. Et elles ont continué à me hanter, je n'ai jamais pu les chasser de ma tête. Parce que ce sont des histoires sanglantes et extrêmes qui dépassent les normes admises, complètement démesurées, à la fois amorales et très populaires, qui flottaient sans cesse dans la conversation des gens que j'épiais dans mon enfance. »


Les citations ci-dessus sont extraites d'entretiens avec Paulo Rocha parus dans « Une certaine idée du cinéma / Cineluso » (1998), Cahiers du cinéma (janvier et novembre 1999) et Les Inrockuptibles (janvier 1999).

Filmographie

Se Eu Fosse Ladrão, Roubava (2013)
Vanitas (2004)
As Sereias (2001)
A Raiz do Coração (2000)
Camões - Tanta Guerra, Tanto Engano (1998)
O Rio do Ouro (1998)
Portugaru San - O Sr. Portugal em Tokushima (1993)
"Cinéma, de Notre Temps": Oliveira - L'Architecte (1993)
Máscara de Aço contra Abismo Azul (1988)
O Desejado (1988)
A Ilha dos Amores (1982)
A Pousada das Chagas (1972)
Sever do Vouga... Uma Experiência (1971)
Mudar de Vida (1966)
Os Verdes Anos (1963)