Le berger Álvaro Abrantes

Álvaro Abrantes s'occupe quotidiennement de son troupeau de 210 bêtes. Photo Miguel Pereira da Silva/Lusa.
Le berger, qui reconnaît que sa mémoire lui joue des tours, appelle toutes ses brebis Francisca ou Donzela, renonçant aux noms individuels. Photo Photo Miguel Pereira da Silva/Lusa.
Álvaro Abrantes, 65 ans, berger dans la Serra da Estrela, dit aimer son activité, mais reconnaît qu’il a beaucoup de travail quotidiennement.

Il a toujours exercé la profession de berger et s’occupe tous les jours d’un troupeau de 210 têtes, 170 brebis et 40 chèvres.

« J’ai toujours été berger, je n’ai jamais connu une autre vie », a raconté à l’agence Lusa Álvaro Abrantes, qui se lève tous les jours à cinq heures du matin et une demi-heure plus tard commence une journée de labeur qui ne prend fin que vers 23:00, voire minuit.

Le berger ajoute que, de fait, il a une vie de beaucoup de travail : « Il n’y a pas de samedis, ni dimanches, il n’y a pas de jours fériés, il n’y a rien et le salariozito c’est quand il apparaît. Quand elles [les bêtes] ne couvrent pas les dépenses, il n’y a rien pour personne. Il n’y a pas de salaire fixe, voilà ».

Les jours de soleil « tout va bien », dit Álvaro, mais avec la pluie et la neige, son activité professionnelle est difficile.

Lorsqu’il fait beau, le berger prend son baluchon avec « la goutte, le jambon et le fromage, c’est une merveille. Maintenant, lorsqu’il pleut ou qu’il neige, le lait, on dit qu’il est noir pour le berger », poursuit-il.

Álvaro Abrantes s’occupe de son troupeau avec l’aide de sa femme. En moyenne, il recueille 60 litres de lait de brebis, qu’il vend aux fromageries de la région, parce qu’il n’avait pas la possibilité de développer sa propre production. Sa femme en fait bien quelques-uns, mais c’est pour leur propre consommation et pour les propriétaires des terrains qui accueillent ses bêtes.

Pour ce qui est du futur, il a compris que l’activité prendra fin avec lui, dans la famille, car ses deux fils et sa fille, comme ses petits-enfants ne s’y intéressent pas en raison de « la vie sans dimanches, sans fériés, sans rien ».

Ce berger de la Serra da Estrela, le point culminant du Portugal, originaire du village de Folgosinho, près de Gouveia, n’a pas l’intention d’abdiquer de son troupeau, jamais il n’a pensé faire autre chose, il dit ne savoir rien faire d’autre, et s’il conserve ses animaux c’est essentiellement « par orgueil, car si l’intérêt économique primait, cela ferait longtemps que je m’en serais séparé ».

« Mais j’ai de l’orgueil. Je ne peux plus rien faire d’autre. Voyez, je m’occupe avec ça tant que Dieu m’en donne la force, mais tant que je le pourrai, jamais je n’y renoncerai », garantit-il à la Lusa.

Pour le pâtre de Gouveia, la profession est en voie d’extinction : « Les plus jeunes ne s’intéressent pas à l’activité et les bergers de la région sont pratiquement tous de mon âge. Ceux qui ont moins de cinquante ans ne comprennent rien à ça ».

Álvaro Abrantes, qui utilise le bâton de berger et porte le manteau typique des pastores da Serra, aimerait voir les jeunes suivre ses pas « car ce serait joli, et les monts seraient plus propres ».

La production de fromage de la Serra da Estrela de dénomination d’origine protégée (DOP) a atteint les 195 tonnes en 2017, estimées à 3,5 millions d’euros. La région possède actuellement quarante fromageries homologuées et 210 producteurs de lait.

L’importance économique de la filière du fromage a amené plusieurs entités à lancer un programme de valorisation du secteur avec un investissement de près de trois millions d’euros, qui devrait attirer des investisseurs privés dans un second temps.

La zone géographique de la production de fromage Serra da Estrela DOP, regroupe les municipalités de Carregal do Sal, Celorico da Beira, Fornos de Algodres, Gouveia, Mangualde, Manteigas, Nelas, Oliveira do Hospital, Penalva do Castelo, Seia, Aguiar da Beira, Arganil, Covilhã, Guarda, Tábua, Tondela, Trancoso, Viseu, Coimbra, Guarda et Castelo Branco.