Le cante alentejano au Patrimoine de l'Humanité

Groupe de cante alentejano.
Photo extraite du film de Sérgio Trefaut, Alentejo, Alentejo.
Le cante alentejano, le « canto da terra » (le chant de la terre), représente le « lien essentiel entre le paysan et la Terre Mère ». Né au sein des habitants des plaines, il est devenu le « marqueur identitaire » de la culture de l'Alentejo et vient d’être inscrit sur la liste représentative du Patrimoine Culturel Immatériel de l'Humanité.

Selon la Moda (Associação do Cante Alentejano), le chant polyphonique traditionnel de l'Alentejo est « né dans l'effort » des longues marches des paysans entre les villages où ils habitaient et les lieux de sarclage ou de moissonnage où ils se devaient d'être au lever du soleil.

La candidature du cante alentejano au Patrimoine Culturel Immatériel de l'Humanité de l'Organisation internationale des Nations Unies pour l'Education, la Science et la Culture (UNESCO), le présentait comme un « chant collectif sans accompagnement musical, qui réunit la musique et la poésie », pratiqué dans le Bas Alentejo.

« D'un point de vue historique, il n'existe pas d'information documentaire qui prouve l'existence du chant choral sans accompagnement musical dans le Bas Alentejo avant 1907 », date à laquelle fut créée la chorale Orfeão Popular de Serpa et commencèrent à apparaître des chœurs identiques à ceux que l'on rencontre aujourd'hui, pouvait-on lire encore dans le texte de présentation.

À l'origine, le cante était principalement interprété par les classes ouvrières, qui ont d'abord été considérées comme rurales et paysannes dans le passé, mais qui étaient en réalité proto-industrielles ou industrielles étant donné qu'elles travaillaient avec des machines agricoles ou bien dans des exploitations minières comme celle d'Aljustrel, où s'est formé en 1926 le premier chœur « Os mineiros de Aljustrel » (les mineurs d'Aljustrel).

L'association Moda souligne que le cante était marqué par la souffrance et que chanter en chœur permettait d'une certaine manière de soulager « l’amertume » de ceux qui travaillaient du matin au soir pour « un salaire insuffisant pour subvenir aux besoins de leurs familles ».

Les thèmes traités dans les chants tels que l'amour, la saudade, le rêve, la désillusion, la mort, l'amertume de la vie et la nature représentée par les arbres, les rivières, les sources, les oiseaux et les fleurs, sont « intemporels » et communs à l'ensemble des cultures populaires, affirme l'association.

La rigueur du climat, la pénibilité du travail, la « dénonciation implicite de l'injustice sociale », le regret d'avoir abandonné la terre natale à la recherche d'une vie meilleure et « dans une dimension mythique, un amour inconditionnel à la Terre Mère » sont d'autres thèmes traditionnellement abordés dans les chants alentejanos.

La mécanisation agricole, la guerre coloniale et l'émigration ont été des « facteurs déterminants des modifications du contexte paysan » dans lequel le cante alentejano s'est développé. Les Alentejanos considèrent que le cante est « unique » et qu'il est « un patrimoine vivant » qu'ils continuent à chanter, défendre et diffuser sans relâche », insiste l'association Moda.

Durant presque tout le XXe siècle, le chant spontané et informel dont on assistait à l’éclosion « dans les tavernes, les marchés et les places, mais aussi les églises », avec les Cantes ao Menino, a cohabité avec un chant plus formel interprété par des chœurs, qui a été transmis oralement de génération en génération jusqu’à nos jours.

Aujourd'hui, le cante alentejano rencontre des « difficultés », en raison de la disparition du monde rural où il est né et « court de nombreux dangers qu'il faut anticiper rapidement pour assurer sa continuité en raison de la mondialisation qui favorise l’uniformisation des cultures », alerte la Moda.

La décision de l'UNESCO concernant cette candidature était très attendue par toute une région, rappelle son coordinateur Paulo Lima. Elle était également soutenue par de nombreuses entités, la Mairie de Serpa, la Casa do Cante, l'Entidade Regional de Turismo do Alentejo e Ribatejo, la Casa do Alentejo, la Confrérie du Cante Alentejano et la Moda.

Les promoteurs de cette candidature s’attendaient à une décision positive de la part de l'UNESCO, mais soulignaient que le processus de candidature seul avait déjà eu le mérite de stimuler le monde du cante, dans la mesure où, par exemple, de nouveaux chœurs avaient été créés. On estime à environ 150 le nombre de chœurs au Portugal, argumente Paulo Lima.

Pour l’association Moda, cette « issue positive » constitue « une aide importante pour assurer la pérennité » du cante alentejano, qui est un « trésor transmis au fil du temps, par des chants simples, poétiques et mélodieux chantés par le peuple ».

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