Les jardins potagers clandestins d'Amadora

Les potagers clandestins de l'IC19. Photos Miguel A. Lopes/Lusa.
Sur les bords de l'IC19, qui relie Lisbonne à Sintra, sont apparus il y a quelques années, de manière illégale, des jardins potagers qui alimentent des chômeurs et des retraités et sont devenus une partie du paysage de cette autoroute.
 
Vítor Manuel travaille cette terre comme s'il la connaissait depuis toujours. Cela fait environ deux ans qu'il cultive son jardin potager sur les bords de l'Itinerário Complementar 19, mais c'est dès son plus jeune âge qu'il a appris à bêcher. Ici, il plante un peu de tout : des pommes de terre, des oignons, de l'ail, des choux, de la salade, des haricots verts... Il a eu connaissance de l'endroit par des amis, qui y avaient déjà leur horta, lorsqu'il s'est retrouvé au chômage. Et ce jardin lui permet d'éviter certaines dépenses.
 
"L'année dernière, je n'ai pas acheté d'oignons et pas de pommes de terre non plus. A présent, je n'achète plus de salades, des fèves j'en ai ici et des petits-poids également", explique-t-il à l'Agência Lusa.
 
Ces jardins potagers font souvent l'objet de vandalisme : "il y a beaucoup de dégradations dans les hortas", déclare Vítor Manuel, ajoutant qu'il préfèrerait donner un chou à celui qui a faim plutôt que de voir ces dégâts.
 
A quelques mètres, il y a le jardin d'Arnaldo Gaspar. A la retraite, cet Alentejano originaire d'Aljustrel, qui réside depuis quelques années à Amadora, confirme que son potager lui évite bien des dépenses.
 
"C'est ma femme qui fait les courses ménagères, elle dit que ça lui rend beaucoup de services", dit Arnaldo Gaspar, pour qui ce petit carré de terre représente aussi un passetemps et s'il n'y était pas, il serait au café, gaspillant de l'argent.
 
Au bout d'un chemin de terre improvisé, se trouve le potager d'Humberto Andrade, un Capverdien qui vit à Amadora depuis sept ans.
 
"Nous sommes ici pour essayer de nous distraire et ne pas nous préoccuper avec les choses qui se passent. Comme il n'y a pas de travail, nous faisons ça pour nous distraire", justifie Humberto dont l'entreprise où il travaillait a cessé de pouvoir payer les employés.
 
"Les produits sont bons", dit-il, garantissant que le passage de milliers de véhicules tous les jours n'affecte pas la qualité de sa culture. Cependant, il regrette que la mairie d'Amadora ne soutienne pas davantage ces jardiniers sans terre : "Si on nous donnait un plus grand espace, ça serait bien".
 
Toujours aux abords de l'IC19, près d'un parc industriel, un autre hortelão, João Mendes, explique à la Lusa que l'unique arrosage est celui de la pluie car à cet endroit il n'existe aucune autre possibilité.
 
Juste à côté de son potager se trouve celui de Siza Pereira qui, malgré ses 75 printemps, continue à se rendre à son jardin régulièrement. Avec un fils au chômage et 200 euros de retraite par mois, la horta lui permet de faire face aux difficultés.
 
Pour Siza Vieira, une aide de la municipalité serait la bienvenue pour ces maraîchers occasionnels de la région, surtout en ce qui concerne l'irrigation des terrains. A son âge, il ne parvient plus à transporter de lourds bidons d'eau et la terre est très sèche.
 
Estradas de Portugal (EP), de son côté, met en exergue le danger que ces jardins potagers urbains représentent pour l'infrastructure routière car ils mettent en cause la sécurité des talus.
 
"L'actuelle occupation des terrains est illégale et constitue un danger pour la sécurité des conducteurs qui circulent sur l'IC19", explique un responsable de l'EP, qui ajoute que Estradas de Portugal est en contact avec la municipalité et la police afin de trouver la meilleure solution possible pour cette situation.
 
Le conseiller municipal chargé de la gestion urbanistique et des travaux municipaux à la mairie d'Amadora, Gabriel Oliveira, a déclaré qu'il s'agissait d'une situation qui durait depuis bien longtemps et prône une plus rapide intervention d'Estradas de Portugal, considérant lui aussi que les potagers représentent un danger pour les conducteurs.
 
"Une pierre pourrait tomber, une personne pourrait tomber", explique-t-il, espérant qu'il n'y ait pas un jour un accident grave.
 
Pour Gabriel Oliveira il y a aussi la question environnementale : "Ce qu'ils cultivent est contaminé", par les gaz toxiques des milliers de véhicules qui y passent.
 
Au-delà du problème légal, Estradas de Portugal prend en considération "le côté social inhérent à la situation, compte tenu de l'importance que représentent les potagers pour les personnes qui les utilisent", des chômeurs sans autres sources de revenus.
 
Estradas de Portugal a prévu de mettre fin à cette situation "en collaboration avec les municipalités", mais ne précise pas dans quels délais.
 
De son côté, la mairie d'Amadora évoque un projet, encore à l'étude, de création de potagers communautaires.
 
Selon Gabriel Oliveira, "la municipalité cherche encore le meilleur endroit, qui à priori devrait se situer Quinta de Almarjão, près de Zambujal", mais il resterait à résoudre des questions administratives liées à la cession des terrains ...
 
Au pays de la burrocracia(*) cela pourrait durer de longues années.
 
 
(*) Bureaucratie en portugais s'écrit burocracia, mais avec les deux "r" de burro [âne], elle prend toute sa véritable signification.