Hommage au Corps Expéditionnaire Portugais

La marche des troupes vers les quais du port de Lisbonne pour l’embarquement en direction de Brest. Beaucoup n'en reviendront jamais. Photo Joshua Benoliel.
La traversée de Saint-Floris, dans les Flandres.
Aníbal Milhais, alias le Soldat Millions.
Le 9 avril 2018, comme chaque année, on célèbre les soldats du Corps Expéditionnaire Portugais (CEP) tombés à la bataille de La Lys, lors de la Première Guerre mondiale. Les commémorations ont lieu au Cimetière Militaire Portugais de Richebourg, où se trouvent 1 861 tombes, et au monument aux morts – réalisé par António Teixeira Lopes –, à La Couture. Cette année, cette cérémonie sera précédée la veille par un hommage à l'Arc de Triomphe à Paris.

De nombreux soldats portugais reposent au cimetière de Richebourg, mais on n’en connaît pas le nombre exact. Rien qu’au cours de la bataille du 9 avril 1918 un millier d’entre eux sont morts, plus de 6 000 ont été blessés ou portés disparus.

Construit dans les années 1920 dans une région où il existe des cimetières militaires d’autres pays, le cimetière portugais a été restauré il y a quelques années. Le président Jorge Sampaio s’y est rendu en 2004.

Durant la Première Guerre mondiale, le Portugal a envoyé le Corpo Expedicionário Português afin de prendre une part active dans l’effort de guerre contre l’Allemagne. A l’époque, l’envoi des troupes en France avait causé le mécontentement de la population.

Au total, le Portugal a mobilisé plus de 50 000 hommes durant la Première Guerre mondiale et les pertes s’évaluent à 12 000 militaires.

Bien que les Portugais se soient rapidement adaptés à la guerre des tranchées, leurs conditions de vie vont se détériorer au fil des mois, ne bénéficiant pas de remplacement ils ne peuvent donc pas se reposer et supportent mal les hivers rigoureux du Nord de la France. Démotivés et mal préparés, ils seront une prise facile pour l’armée allemande.

De la participation portugaise au conflit européen, un seul nom est passé à la postérité, celui du soldado Milhões (Aníbal Milhais, originaire de Valongo, Murça). Il a été le seul simple soldat à obtenir le collier de l’Ordre de Torre e Espada, la plus haute distinction portugaise.

Seul, durant plusieurs jours, armé d’une mitraillette Lotz, il a fait face aux colonnes allemandes, permettant au reste des troupes portugaises de se réorganiser à une trentaine de kilomètres. Quatre jours après le début des hostilités, il sauvera la vie d’un médecin écossais, l’empêchant de se noyer dans un marais. C’est ce dernier qui informera les alliés de ce fait de bravoure.

« Tu t’appelles Milhais », lui dira son commandant, « mais tu en vaux des millions », et c’est ainsi qu’il devint le Soldado Milhões. Même le nom de son village est devenu Valongo de Milhais.

Le 9 avril 1918, l’Allemagne a lancé dans les Flandres une dernière tentative pour vaincre la Première Guerre mondiale. L’offensive a échoué, au prix de nombreuses pertes des Alliés, dont plus de mille soldats portugais à la bataille de La Lys.

Le Portugal n’est entré dans la Grande Guerre de 14-18 aux côtés des Britanniques que le 9 mars 1916, dans une conjoncture difficile de la jeune république et répondant à l’impératif de conserver ses colonies africaines (pour ne pas avoir participé à la guerre précédente, le Portugal avait été dépossédé de certains territoires africains en 1870).

Jusqu’à ce moment, l’espoir d’une rapide victoire de la Grande-Bretagne sur l’Allemagne avait amené Londres à négocier la neutralité du Portugal dans le conflit, mais les grandes batailles d’Ypres et d'Aubers ont changé l’attitude britannique. Le premier geste belliqueux du Portugal aura été l’immobilisation de 36 navires allemands dans des ports portugais, le 24 février 1916. A cet acte, l’Allemagne répondra par une déclaration de guerre.

Le contingent portugais a été constitué en trois mois et le 22 juillet il défile déjà dans les rues de Montalvo. En janvier 1917, sont formées deux forces distinctes, le Corps d’Artillerie Lourde Indépendante (CAPI), qui a servi sous commandement français, et le Corps Expéditionnaire Portugais (CEP), placé sous commandement britannique, qui en assurera l’entraînement dans la région d’Aire-sur-la-Lys. En février 1917, les troupes portugaises arrivent au compte-gouttes sur le front, après avoir débarqué en grand secret à Brest.

« A partir de novembre 1917, la situation se complique pour les Portugais. L’entrée des Etats-Unis dans la guerre réduit les moyens logistiques disponibles pour recevoir les nouvelles troupes portugaises en France. A partir de l’hiver 1917, plus aucun navire portugais n’arrive », peut-on lire sur le site dédié à la bataille de La Lys.

La situation se complique encore davantage pour les troupes portugaises avec l’éclosion du mouvement révolutionnaire de Sidónio Paes à Lisbonne, le 5 décembre, ouvertement hostile à la guerre, et qui réduira à l’extrême le ravitaillement des soldats portugais dans les Flandres, bien que conservant l’alliance avec l’Angleterre.

Ironie du sort, alors que le remplacement du démoralisé CEP était prévu pour le matin du 9 avril 1918, c’est ce jour-là que l’Etat-Major allemand choisira pour lancer une offensive généralisée, avec des moyens colossaux pour l’époque, sur le front occidental, entre Armentières et La Bassée, pour trois semaines de combat.

« C’est une défaite tactique des forces portugaises mais qui a contribué à une victoire stratégique et nous devons l’envisager dans ce sens », a déclaré en 2008 le ministre de la Défense de l’époque, Nuno Severiano Teixeira, lors de sa participation aux commémorations des 90 ans de La Lys.