Les maisons au toit de chaume de Madère

La maison d'Isabel Carvalho à Santana. Photo Homem de Gouveia/Lusa.
Isabel Carvalho dit s'être habituée aux visite quotidiennes des touristes. Photo Homem de Gouveia/Lusa.
Isabel Carvalho présente avec fierté l'intérieur de sa maison récemment restaurée. Photo Homem de Gouveia/Lusa.
La mairie de Santana a financé à partir de 2013 la restauration de huit maisons au toit de chaume dans le but de soutenir certains villages démunis et sauvegarder l’une des images les plus connues de Madère.

« J’ai vécu depuis mon plus jeune âge dans une telle maison, mais dans celle-ci, je n’y suis venue que lors que je me suis mariée. J’avais 35 ans et c’est ici que j’ai eu mes deux petits. Maintenant, je ne suis pas loin des quatre-vingts », a raconté à l’Agência Lusa Isabel Carvalho, à l’entrée de la petite maison triangulaire, au toit de chaume, entourée de parterres et de vases fleuris.

« Des huit maisons que nous avons déjà restaurées, celle-ci et celle qui nous a coûté le plus », révèle le conseiller municipal Dinarte Fernandes, énumérant les dépenses : 4 000 euros pour le bois, 700 euros pour les fagots de paille et 150 euros pour la main d’œuvre.

« Nous avons décidé de parier sur cette maison car elle est bien située. Elle a été finalisée il y a un mois et c’est déjà l’une des plus visitées par les touristes », explique Dinarte Fernandes, ajoutant que bien qu’elle soit éloignée de la route principale, à Achada de Simão Alves, elle est très recommandée par les opérateurs touristiques lorsqu’ils envoient des clients vers Santana, au Nord de l’île.

La maison a près de 60 ans et elle est aujourd’hui en parfait état d’habitation. Elle possède trois chambres et un grenier. La façade est en pierre, alors que les plus anciennes ont une façade de bois et avaient été conçues pour pouvoir être déplacées. Les propriétaires étaient des agriculteurs pauvres et quand ils changeaient de patron, ils partaient en emportant leur maison sur le dos, à l’aide de perches et de dizaines d’hommes.

Isabel Carvalho garde sa porte ouverte et s’est habituée à la présence d’étrangers dans sa cour, munis d’appareils photos et de caméras, attirés par l’authenticité de la petite maison de chaume, l’une des 108 référencées dans les villages de Santana et São Jorge.

L’investissement réalisé par la municipalité a deux objectifs : une aide sociale, car la majorité des maisons appartiennent à des personnes démunies ; et une promotion touristico-culturelle visant la préservation du patrimoine de l’île aux fleurs.

En règle générale, chaque maison reçoit 900 euros, une somme destinée à l’achat du chaume et à la main d’œuvre, chaque fois plus rare.

« En ce moment nous avons à peine trois mestres à Santana, mais il y a quatre employés de la municipalité qui les aident », déclare Dinarte Fernandes, rappelant que la production de blé dans la commune a augmenté en raison de l’intérêt croissant pour les maisons de chaume.

Un maranho [fagot] de paille coûte actuellement 10 euros et pour couvrir une maison il en faut jusqu’à une centaine. Comme la culture du blé n’est pas très coûteuse et n’exige pas énormément de travail, les agriculteurs sont satisfaits du rendement, même si les maisons aux toits de chaume ne sont plus aussi nombreuses qu’il y a une cinquantaine d’années, lorsqu’elles faisaient vraiment partie du paysage.

Le chaume doit être remplacé tous les quatre ans. L’opération la plus compliquée consiste à élaborer les empenhas [bords, côté façade], et la cumeeira [le haut de la couverture], ensuite la maison devient confortable et résistante aux hivers. Le grand danger de ce type d’habitat est l’incendie, c’était très fréquent lorsque la cuisine était faite au feu de bois.

Santana n’est plus un village de maisons de chaume et, en-dehors de celles qu’on trouve dans le centre où l'on vend des souvenirs aux touristes, il est nécessaire de s’aventurer dans l’intérieur de la commune pour en trouver d’authentiques, où vivent encore des gens. Souvent, il ne s’agit plus de la résidence principale.

« Je mens souvent, je dis que j’habite toujours ici en permence, pour faire plaisir aux touristes », déclare Isabel Carvalho avec un clin d’œil complice.