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| L'Américain Richard Zimler, l'auteur des Anagrammes de Varsovie vit à Porto depuis 23 ans et est citoyen portugais. |
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| "Je suis né à Roslyn Heights, une banlieue tranquille de New York, près d'un quartier portugais qui s'appelle Mineola". |
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01/03/2013
Le dernier roman de l'écrivain
américain Richard Zimler, Les Anagrames
de Varsovie, vient de sortir en France aux éditions Buchet-Chastel, avec une traduction de Sophie Bastide-Foltz. A
priori, rien ne destinait cette information à paraître sur Luso.fr, à un détail
près, cet Américain est également Portugais et vit à Porto depuis un quart de
siècle.
L'entretien qui suit a été fait en langue portugaise. Nous le
proposons aussi, exceptionnellement, dans sa version originale car les thèmes
abordés par l'écrivain, sa vision du Portugal des années 80 - lors de sa
première visite, puis des années 90 - lors de son installation à Porto - et son
point de vue sur le Portugal d'aujourd'hui nous ont semblés particulièrement
pertinents. Luso.fr s'intéresse par nature aux Portugais qui vivent à
l'étranger, le cas de cet "étranger de nationalité portugaise", qui
vit au Portugal, ayant fait le parcours inverse de celui de la diaspora, est
aussi particulièrement intéressant à découvrir.
Luso.fr: Vous avez déjà
passé la moitié de votre vie au Portugal, pouvez-vous nous parler de la partie
américaine ?
Richard Zimler : Je suis né
en janvier 1956 à Roslyn Heights, une banlieue tranquille de New York, près d'un
quartier portugais qui s'appelle Mineola, avec une population de 3 000
immigrés, et quelques restaurants et cafés portugais. Je parle de ce quartier
car il y a quelques années j'ai écrit un roman dont l'histoire se déroule
là-bas et qui s'appelle Ilha Teresa.
Ce livre explore la vie d'une jeune portugaise de 15 ans qui quitte Lisbonne pour
Minéola avec ses parents et son jeune frère, et qui éprouve d'immenses
difficultés à s'adapter à la culture américaine, surtout à sa nouvelle école.
J'ai fait ma scolarité dans les écoles
publiques de Roslyn Heights. Curieusement, j'ai fait mes deux dernières années
de lycée dans un programme "alternatif" où il n'y avait pas de
disciplines obligatoires ni de notes. Après avoir fini mes études secondaires,
je suis allé à l'Université de Duke, où j'ai obtenu une licence en religion
comparée et musique. J'ai étudié la religion comparée parce que j'ai toujours
adoré la mythologie (j'ai découvert la mythologie grecque encore enfant) et je
voulais en savoir davantage sur les histoires anciennes de l'Hindouisme, du Bouddhisme,
du Judaïsme, du Christianisme, etc. Je dois ajouter que je suis issu d'une
famille juive et laïque. Mon père était communiste et publicitaire, et ma mère
biochimiste. J'ai étudié la musique parce que je jouais de la guitare classique
à cette époque, et j'avais l'intention de faire un doctorat en
ethnomusicologie. J'ai grandi dans les années 60 et, pour cela, la musique des
Beatles, des Stones, Bob Dylan, Leonard Cohen, Joni Mitchelle, etc. - m'a
beaucoup influencé.
Après avoir obtenu ma licence, je suis
parti pour San Francisco. J'avais 21 ans. Je voulais vivre dans une grande
ville cosmopolite, où je pourrais avoir davantage d'options professionnelles,
spirituelles et sexuelles. En plus, j'ai toujours trouvé que San Francisco était
une très belle ville. A cette époque j'ai travaillé comme serveur, coursier,
secrétaire ... Je vivais avec peu d'argent et partageais un appartement avec
deux autres personnes. Dans ma chambre il n'y avait pas de meubles. Je dormais
sur un matelas en kapok que j'avais acheté pour cinq dollars ! Mais ça a été
une période merveilleuse, de beaucoup de liberté et découverte personnelle.
J'ai rencontré ma chère-moitié, Alexandre, durant cette phase de ma vie, en
1978. Nous sommes ensemble depuis 34 ans et mariés depuis 2 ans.
A 26 ans je me suis dit que je devais
continuer ma formation pour pouvoir avoir davantage d'options professionnelles,
et j'ai obtenu une maîtrise de journalisme à l'Université de Stanford. Juste
après, j'ai fait un stage de quatre mois à Paris, à l'agence de presse
américaine United Press, de juin 1982 à la fin du mois de septembre. Ca a été
une période d'événements intéressants et importants, y compris l'attentat
terroriste au restaurant Chez Jo
Goldenberg dans la rue des Rosiers - dans le Marais - où six personnes sont
mortes et 22 autres ont été blessées. J'ai interviewé plusieurs survivants, l'un
d'eux m'a marqué pour toujours, un jeune professeur américain dont la femme a
été tuée dans l'attaque. L'homme était en état de choc et très fragilisé,
naturellement. J'ai parlé pendant quatre heures avec lui à l'hôpital. J'ai
également fait la couverture médiatique de la mort de la Princesse de Monaco -
ce qui n'a pas été du tout facile, parce que le jour de son décès j'étais le
seul journaliste à notre bureau ! Je parle un peu de cette expérience et de ma
vie à paris dans mon roman La quête de Sana. Quand je suis retourné
à San Francisco, j'ai commencé à travailler comme journaliste.
Dans le milieu des années 80,
l'épidémie du HIV a commencé à apparaître aux Etats Unis. Certains endroits en
Amérique ont été très affectés et, malheureusement, San Francisco a été l'un
d'eux. A partir de 85, 86, il était presque impossible d'aller déjeuner avec
des amis, ou de rencontrer des collègues de travail, sans que le thème de la
conversation ne soit pas le HIV. En même temps, l'un de mes frères qui vivait à
New York est tombé malade du Sida. A cette époque, cette maladie était une
sentence de mort. Ca a été une période très douloureuse et difficile pour mon
frère et notre famille. J'ai en été particulièrement traumatisé et, après le
décès de mon frère, en mai 1989, j'ai décidé d'immigrer avec Alexandre au Portugal.
Nous voulions recommencer dans un endroit où tout le monde ne parlait pas
continuellement du Sida. Alexandre avait déjà reçu une proposition pour donner
des cours dans une école de médecine de Porto, et moi j'ai obtenu un poste à
l'Ecole Supérieure de Journalisme.
A la fin des années 80, j'ai commencé à
écrire de la fiction. J'ai écrit près de 30 contes entre 1987 et 1989 -
certains publiés dans des revues américaines et anglaises - et, en 1989, j'ai
eu une idée pour un premier roman, qui viendrait à être Le dernier Kabbaliste de Lisbonne. J'ai fait beaucoup de recherche
pour ce roman historique à l'époque où je vivais à San Francisco et, après l'installation
au Portugal, en août 1990, j'ai continué à faire des recherches sur la vie
quotidienne à Lisbonne au XVIe siècle.
Luso.fr : Le Portugal n'a
donc pas été directement votre choix ; à cette époque, qu'elle image aviez-vous
du pays ?
Richard Zimler : On parle peu du
Portugal dans les écoles américaines dans le secondaire - et presque uniquement
des Découvertes - c'est pourquoi, avant de visiter le Portugal pour la première
fois en 1980, j'en connaissais davantage sur Vasco de Gama ou Magellan que sur
le Portugal moderne !
J'ai trouvé le Portugal des années 80
joli et fascinant, mais aussi très fermé. Par exemple, beaucoup de sujets
importants déjà débattus depuis beaucoup de temps aux Etats Unis étaient
presque tabou au Portugal : la maltraitance des enfants, l'homosexualité, la
discrimination des femmes sur leur lieu de travail, la déficience mentale ...
Une chose m'a beaucoup surpris : presque personne ne parlait de la dictature
(qui avait pris fin récemment). Je pense qu'il est très négatif - et dangereux -
dans une société de garder des tabous et de refuser de faire face à sa propre
histoire, et pour cela, j'ai été très choqué par le "silence" que
j'ai rencontré.
En plus, j'ai découvert tout de suite
que le Portugais aimait parler d'art, de sport, de philosophie, etc., mais ne
parlait jamais de sa vie privée, du moins avec un étranger comme moi. A mon
avis, les Portugais des années 80 et 90 étaient beaucoup plus formels et
timides que les Américains. J'ai eu l'impression qu'ils craignaient des
représailles personnelles ou politiques. Plus tard - après avoir fait mes
recherches sur l'histoire du Portugal pour écrire mes romans historiques - j'en
suis venu à conclure que c'était le résultat de 240 années d'Inquisition et de
50 ans de dictature.
Le niveau technologique du pays était
très bas aussi. Un exemple : quand je me suis installé au Portugal en 1990 j'ai
apporté un ordinateur Apple. Au bout de quelques mois j'ai eu besoin d'une
bande pour mon imprimante. J'ai découvert qu'il n'y avait pas le moindre
magasin qui vendait des produits Apple au Portugal. J'ai dû écrire au siège
européen d'Apple à Amsterdam pour obtenir une simple bande !
D'un autre côté, l'isolement du
Portugal durant tant de temps signifiait que le pays gardait beaucoup de
traditions culturelles. Le Portugal en 1980 ou 1990 était, de fait, beaucoup
moins globalisé que la France ou les Etats Unis. J'ai adoré ça, parce que cela
signifiait que je pouvais explorer un pays unique, qui avait peu à voir avec le
monde de mon enfance ou de ma jeunesse. Comme peu de monde parlait anglais,
j'ai fait un grand effort dès ma première visite pour apprendre le portugais.
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